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Cela m'a rappelé tout à fait mes belles insomnies d'il y a trois ans, quand j'habitais le phare des Sanguinaires, là-bas, sur la côte Corse à l'entrée du golfe d'Ajaccio.
Encore un joli coin que j'avais trouvé là pour rêver et être seul.
Figurez-vous une île rougeâtre et d'aspect farouche ; le phare à une pointe, à l'autre une vieille tour génoise où, de mon temps logeait un aigle. En bas, au bord de l'eau, un lazaret en ruine, envahit de partout par les herbes ; puis des ravins, des maquis, de grandes roches, quelquers chèvres sauvages ; de petits chevaux corses gambadant la crinière au vent ; enfin là-haut, dans un tourbillon d'oiseaux de mer, la maison du phare, avec sa plate-forme en maçonnerie blanche, où les gardiens se promènent de long en large, la porte verte en ogive, la petite tour de fonte, et au-dessus la grosse lanterne à facettes qui flambe au soleil et fait de la lumière même pendant le jour... Voilà l'île des Sanguinaires, comme je l'ai revue cette nuit en entendant ronfler mes pins. C'était dans cette île enchantée qu'avant d'avoir un moulin j'allais m'enfermer quelquefois, lorsque j'avais besoin de grand air et de solitude.
Ce que je faisais ?
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- Lettres de mon moulin, Alphonse Daudet -
PS : ce phare est réellement le phare des Sanguinaire, photo prise en été 2005
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